Selmen Nahdi, visages multiples // IDDÉCO N°23

Quand une Galerie, en l’occurrence Ghaya, découvre un jeune artiste et l’encourage à présenter sa toute première exposition personnelle, avec son soutien, cela mérite qu’on en parle. Après des études de graphisme et de publicité, Selmen Nahdi axe son art sur la caricature et la peinture. Passionné par cette dernière et par le dessin depuis son plus jeune âge, il s’inspire de sa vie pour donner libre cours à son expression artistique. D’une véritable profusion de veine figurative, l’univers de Selmen jaillit simplement de son esprit et de son histoire. « Mon œuvre se nourrit de ce que j’ai vécu » dit-il.

« Je m’amuse à refléter des expressions différentes » ajoute-t-il. Par ces mots, Selmen Nahdi révèle le terrain sur lequel s’exerce son art et puise son œuvre, la réalité, celle du miroir qui nous renvoie en pleine face les stigmates de la vie.

À chaque humeur, sa peinture…

Couteaux à peindre, pinceaux, giclures, coups de spatules improvisent de concert dans la couleur et sur la toile. Parfois avec des contours suffisamment flous, il préfère nous laisser deviner plutôt que nous dévoiler. Sa palette à la fois onctueuse et violente, chargée de dégoulinures de matière, fait éclater un feu d’artifices aux différentes valeurs. Selmen Nahdi, à travers ses créatures, semble se trouve dans la nécessité d’être en permanence en apprentissage, en découverte de ce qui lui permet de traduire, de partager un nombre infini d’idées, de sentiments, de sensations pour faire jaillir à vif des significations sous-jacentes. Couleurs floues, oranges, jaunes ou roses viennent animer les visages d’une bouche trop rouge aux yeux écarquillés. Le peintre campe ses personnages avec une vision consciente des attitudes, des postures et de l’esprit.

Une belle aventure a commencé.

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La Galerie Ghaya – « Autoportrait »

Une oeuvre est forcément à l’image de l’artiste, sa projection toute entière, sans mensonges ni réticences, avec ses tracasseries et ses beautés. L’art ne s’accommode pas de faux-semblants. Aussi, vous n’irez pas voir cette exposition pour y voir des peintures, vidéos, installations ou sculptures mais pour y rencontrer des autoportraits.

Probablement aussi celui d’Ymen Berhouma, la commissaire d’exposition qui à travers le choix des oeuvres se révèle malgré elle. Et s’il est souvent difficile de parler de soi, l’oeuvre semble en dévoiler plus que l’artiste se saurait en dire. Omar Bey affirme bien : « Je ne sais pas trop quoi dire si ce n’est que dans cette oeuvre j’ai traité de religion, d’iconographie, de croyance « primitive » mais au-delà de ça je parle de sacrifice dans le sens où l’on doit parfois se « libérer » d’une partie de soi pour avancer, s’amputer de ce que l’on pensait essentiel jusqu’alors pour pouvoir continuer à vivre. »

Nadia Rais présente « 180° », une vidéo-performance travaillée en stop motion. 300 images réalisées dont la performance serait de tenir dans une position verticale renversée sur la tête, non pas comme une simple chorégraphie mais comme une forme de résistance, comme un langage visuel symbolique pour aborder certains sujets considérés délicats dans notre société, ou encore comme un renversement du « Moi ».
Héla Ammar révèle sa fragilité à travers son oeuvre Handle with care : « Le cercle a toujours été pour moi une invitation à l’introspection. À travers ces fines lames enchevêtrées posées sur un vaste champ blanc, j’oscille entre le vide et le plein. Je me découvre aussi fragile que tranchante. »

Selima Karoui s’est inspirée d’images d’archives personnelles pour en faire une installation de dessins techniques mixtes sur papier vergé. Elle ajoute : « La « persona » raconte aussi ce masque social, l’Imago gérée par le moi. Imago comme un rêve intérieur. Un rêve comme des résistances… Animas : mon animus, et ne plus savoir qui je suis réellement. Mais c’est juste dans cette incertitude que je me reconnais. Dans PERSONA(S), chaque dessin/image érige un transfert sur l’autre. Dans une synchronisation et une simultanéité immédiates, comme un cri conduit les premières secondes d’une vie. »
Meriem Bouderbala présente un travail qui allie impression de photographie sur tissu et peinture sur verre. :  » comme beaucoup d’artistes, toutes mes oeuvres sont des autoportraits, non pas par narcissisme mais au contraire par questionnement sur le doute, sa technique s’est inspirée du fixé sous verre tunisien et ottoman, je revisite les traditions ancestrales oubliées, l’art brut et populaire sont majeurs pour moi.

Mohamed Ben Slama se plante et boude en prenant soin de cacher sa bouche. Baker Ben Fredj évolue en léger nuage marouflé sur toile. Imed Jemaiel se camoufle dans le face à face d’un imaginaire court-circuité.
Alaeddine Slim expose une vidéo  » Journal d’un homme important  » quand Ibrahim Maatous continue à jouer incognito derrière un masque de clown. Pour parler de lui, Atef Matallah a choisi d’exposer son linge en peinture.

Plusieurs toiles se dessinent en une seule peinture, Nabil Souabi serait-il victime de dédoublement de personnalité ? Avec  » Irane « , Noutayel se révèle dans une sculpture qui semble présenter deux sortes de colonnes vertébrales enlacées, en équilibre juste parce que l’une soutient l’autre. D’autres artistes présentent de même leurs oeuvres qu’on ne révèlera pas pour que vous puissiez les y découvrir. En somme, tous ces artistes doués et prometteurs ont compris que l’autoportrait était indissociable de leur quête artistique pour espérer la lumière…

Nadia Zouari // N°23 – Décembre 2014

 

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