Périple au pays de Mohamed Akacha // A-MAG

Dans un périple aux couleurs très harmonieuses même dans l’excès, on part rencontrer des têtes qui sortent de partout, des personnages aux sourires malicieux ou aux yeux larmoyants qui cohabitent à la perfection, des petites bêtes aussi mignonnes qu’hostiles, des formes, des coups d’un pinceau jovial mais aucunement insensible aux malheurs du monde. On se perd à chaque fois entre toutes ces données muettes communiquant des messages plus puissants que les mots, puis on se retrouve pour se perdre à nouveau, on est confus, rigoler ou s’attrister ? Apprécier ou suffoquer ? Où sommes-nous passés ?
Un petit lapin apparaît avec deux yeux grands ouverts, deux incisives centrales énormissimes et une langue plus que longue. Ce lapin nous montre le chemin ainsi qu’une pancarte aux couleurs de l’arc en ciel sur laquelle c’est indiqué en lettres rebelles et indomptables « Bienvenue dans le monde de Mohamed Akacha » !

Le flashback

Né à Tunis en 1983, ce jeune artiste se voit grandir en plein cœur de l’Ariana à côté des cris des commerçants, des marchands ambulants, l’odeur du poisson parvenue du marché central, et des bagarres des enfants d’une cité populaire et pleine de vie. En parallèle à son cursus scolaire, Mohamed développe une passion pour les détails de la vieille ville avec tout son charme puisé de la beauté de son imperfection. Cette imperfection constante consolide son regard qui se perfectionne. Ainsi, Mohamed grandit accompagné de son amour pour la peinture. Un amour qui profite de 3 mois et demi passés au lit suite à un accident pour se manifester et prendre le pouvoir… et que les couleurs se déchaînent ! Mister Akacha commence à maltraiter les papiers et les toiles avec ses gribouillages, crée des personnages qu’on aurait crus sortis du pays des merveilles de la fameuse Alice. Cependant, ceux de Mohamed sentent le groove et la culture afro-américaine mais portent en eux, tout comme leur maître d’ailleurs, l’âme de la Tunisie avec tous ses coins populaires et les événements qui marquent son histoire. Si cette passion pour la peinture existait déjà dans les entrailles de ce jeune artiste, son passage à l’école des beaux arts à Tunis puis en Italie n’a fait que sculpter davantage ses goûts et son jeu de mains qui n’est pas si vilain que ça de prime abord!

Achievements

Les efforts de « Hamma », comme l’appellent ses amis, finissent par payer et ses œuvres connaissent une éclosion qui ne peut s’empêcher de faire du bruit. Son style particulier jouant sur le surdosage de couleurs, qu’il réunit dans une harmonie bien dosée, lui a valu une place particulière parmi les autres jeunes artistes peintres. Peut-on ainsi dire que son secret réside uniquement dans les couleurs ? Et bein non ! Mohamed fonctionne beaucoup au feeling, et se laisse guider par ses états d’âme ou par la musique qui l’accompagne durant ses séances de peinture, des indications de route qui peuvent cacher ses coups de blues manifestés dans des tableaux en noir et blanc, travaillés à l’encre de Chine. A travers ces tableaux black and white, Mohamed nous communique une sensibilité digne d’un artiste peintre authentique.

Les œuvres se multiplient et le temps de la moisson approche, on enchaîne avec une première participation à l’exposition « Académie AAC » à l’Académie d’Art de Carthage en Juin 2011. Cette exposition fut un tremplin qui lance Mohamed directement vers une deuxième en Novembre 2012, une date qui commémore le premier rendez-vous avec l’expo « Artifice », exposition individuelle ayant vu le jour à la Galerie Bel’ART à Tunis. Cette première étant un incontestable megahit fut poursuivie par une deuxième « Artifice 2 » à la Maison de France à Sfax en Tunisie. Tout comme lors du premier rendez-vous, Artifice cartonne et fait encore un sold out. Désormais, l’art de Mohamed ne laisse personne indifférent !

Pas droit au chômage, notre peintre se remet rapidement aux pinceaux et nous revient avec une troisième expo tenue la Galerie Hope de Tunis sur une période de deux mois (décembre 2013-janvier 2014), portant le nom de « Two pop ». Ensuite, une participation à l’expo « In the pipe » à Ghaya Gallery , suivie par une autre participation à « Imago Mundi » en Italie au Museo Carlo Bilotti de Rome.

Back to the roots

Si Mohamed Akacha a enregistré plusieurs participations dans d’autres expositions et bien qu’il ait travaillé sur « Two pop » qui était tout comme ses précédentes un réel succès, « Artifice » ne l’a jamais quitté d’une once. Il renoue avec elle en Février 2015 à la « Favela Chic » à Paris.

Décidément, Mohamed cherche à établir à travers « Artifice » un rendez-vous constant, une rencontre de tableaux qui nous revient à chaque fois vêtue d’une âme neuve. Un concept qui vise à accentuer le nouveau dans le passé pour créer le futur, n’est ce d’ailleurs pas le même principe qui fait carburer ce jeune peintre qui cherche une nouvelle touche dans ses idées chinées du populaire pour en créer de nouvelles œuvres ?

Un travail de génie qu’on aura le plaisir de déguster lors d’un nouveau rendez-vous avec « Artifice » qu’il lance à Ghaya Gallery à Sidi Bou Said le 29 septembre 2015 (à partir de 18h) et qui se poursuivra jusqu’au 15 octobre 2015. L’entrée est libre, personne ne sera privé ! Comme à l’accoutumée, Mohamed Akacha nous promet plein de couleurs, des messages malicieusement cachés entre les différents personnages de son monde mais aussi de nouveaux supports pour ses œuvres puisés eux aussi d’un temps antérieur.

Appel à tous les amoureux de l’antique moderne, les fans des couleurs et les partisans du noir et blanc, ne ratez pas cette nouvelle édition d’ « Artifice », vous allez vous y Ré-Ga-Ler !

Article by B.T // 14 septembre 2015

 

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