Le trait en commun // LA PRESSE

« Quand l’artiste dessine, il se redresse en ajustant les supports, les ombres, les coupures et les contradictions. Consciemment, il raconte l’invisible, au risque de se mettre en danger ».

Ils viennent de France, d’Algérie, des USA, du Maroc et de Tunisie bien sûr. Ils appartiennent à tous les horizons de l’art, relèvent de toutes les techniques, ont tous les âges et tous les sujets d’intérêt. Ce qu’ils ont en commun ? Le trait de crayon, l’amour et la maîtrise du dessin, et la rencontre d’une galerie. En fait, c’est plus la galerie qui est allée vers eux, qui les a débusqués un à un, dans des salons internationaux, au gré d’une rencontre, sur le net quelque fois, et qui a souhaité les réunir en une exposition hommage au dessin sur le thème de « Coup de crayon ».

« Quand l’artiste dessine, il se redresse en ajustant les supports, les ombres, les coupures et les contradictions. Consciemment, il raconte l’invisible, au risque de se mettre en danger… « Coup de crayon » est une exposition témoin…, une proposition graphique, un rassemblement d’images… c’est l’histoire du noir, du vide, et du beau qui nous est racontée ».

Est-ce vraiment si complexe ? Et le dessin n’est-il pas, d’abord, et avant tout une histoire simple ou compliquée que l’on nous raconte, d’un trait, d’un jet, d’un mouvement spontané ? A tout seigneur tout honneur, il ne saurait y avoir d’exposition de dessin à Sidi Bou Saïd, son fief, sans la présence de Jellal Ben Abdallah, le peintre mythique de la colline sacrée. Il y présente une Janus au féminin, profil double de Latifa bien sûr, et d’Edna son amie, racontant simplement une belle histoire d’amitié. Ce dessin faisait partie d’une collection de quelque soixante oeuvres exposées en 1970 à l’Olivier Rouge, lieu mythique du village. Elles furent toutes dispersées, seul demeure ce dessin, vestige et mémoire d’une époque. Sadek Lamri, l’Algérien, raconte la colère, la frustration, la douleur ou le rêve de jeunes en quête de sens, de voie, d’identité. Mohamed Lekleti, le Marocain, nous invite dans un monde surréaliste, tout de tension et de distorsion, où des personnages improbables, mi-hommes mi-bêtes s’allient et s’affrontent, se déchirent ou fusionnent. Fedele Spadafora, l’Américain, raconte son Tunis d’adoption au quotidien, celui de la rue, des petites gens, de la simplicité triviale qu’il poétise délicatement.

Nous ne les évoquerons pas tous, car une des caractéristiques du dessin est que, justement, il ne se raconte pas. Trait de l’immédiat, de l’instantané, il se donne à voir.

Article par Alya Hamza // 17 novembre 2015

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